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La géothermie profonde


L’importance du sujet dans une prospective à l’horizon 2050 est soulignée en particulier par deux publications récentes : d’abord les « Comptes rendus de l’Académie des sciences » consacrés à la géothermie profonde en août 2010 ; ensuite la « Feuille de route géothermie » diffusée par l’Agence internationale de l’énergie en juin 2011. Ces deux documents montrent à la fois l’avancement des connaissances, les questions à élucider dans les années à venir et la situation envisageable en 2050 au plan mondial.



Soultz-sous-Forêts constitue un atout essentiel à l’échelle européenne. D’une part, le gisement pétrolier de Pechelbronn avait conduit sur ce site à des travaux géologiques très fructueux depuis le début du XXe siècle (à l’origine notamment des progrès de la géophysique française). D’autre part, sa localisation en fait un lieu de coopération naturelle entre équipes françaises, allemandes et suisses. La consolidation durable de cette coopération de recherche implique de mobiliser les différents mécanismes permettant d’associer l’université de Strasbourg, le Centre d’excellence de Karlsruhe, le BGR, le BRGM, etc. (thèses, travaux de post-doctorat…). Les modes de financement européens, nationaux et régionaux évolueront sur la période : il est important d’assurer durablement le pilotage des travaux de recherche fondamentale et appliquée dont il faut souligner l’intérêt pour réduire les coûts et aléas de cette technologie. Ce site a été classé en décembre 2008 par la ministre de la Recherche dans les 90 « Très grandes infrastructures de recherche » (le total des financements publics français, allemands et européens qui lui ont été consacrés depuis l’origine dépasse les 110 millions d’euros). La consolidation de ce classement appelle une vigilance particulière.

Le portage par un GEIE industriel franco-allemand et le financement de l’électricité produite par le biais des charges du service public (tarif fixé en juillet 2010 à 200 euros/MWh) constituent des facteurs de nature à stabiliser le fonctionnement de ce site (certes hors amortissements) : il ne faut toutefois pas oublier qu’une installation de démonstration est exposée à des aléas dont on ne peut évaluer complètement l’importance aujourd’hui mais qu’il faut systématiquement rappeler pour éviter les risques de stop and go.

Les technologies EGS (Enhanced Geothermal System) présentent un fort potentiel de marché mais font face à des défis importants en termes de réduction des coûts. Fermement soutenue par les pouvoirs publics, la filière française se trouve actuellement au début de sa structuration, s’appuyant sur l’expérience de Soultzsous- Forêts et de nouveaux projets comme celui porté par la société ECOGI (Exploitation de la chaleur d’origine géothermale pour l’industrie) créée par Roquette Frères, ES Géothermie (filiale à 100 % d’électricité de Strasbourg) et la Caisse des dépôts (CDC). Ce projet, qui a reçu un soutien financier de la part de l’ADEME, de la région Alsace et de SAF Environnement (filiale de la CDC), vise la production d’énergie (24 MWth) à partir de la chaleur du sous-sol alsacien dans le but d’alimenter les procédés industriels du site Roquette de Beinheim (Alsace) : la mise en service est prévue pour début 2014. Au-delà de ces projets, les acteurs français disposent de fortes compétences et d’une bonne expertise, que ce soit pour la partie amont de l’exploration et l’exploitation du sous-sol (caractérisation, modélisation, forages) ou la partie aval des équipements surfaciques (turbine, circuit vapeur, générateur).

Ce type de géothermie implique dans sa phase de développement de recourir aux techniques de fracturation hydraulique ou de stimulation hydraulico-chimique pour augmenter la perméabilité des réservoirs sollicités. Les connaissances acquises sur le projet mené à Soultz-sous-Forêts ont contribué à améliorer la compréhension des circulations hydrauliques dans le sous-sol fracturé et conduit à faire évoluer fortement le concept de base dénommé HDR (Hot Dry Rock) vers le concept EGS pour lequel le savoir-faire français est aujourd’hui particulièrement reconnu. Qu’il s’agisse de fracturation hydraulique ou de stimulation hydraulico-chimique, il s’impose en tout état de cause de réaliser et de diffuser des études d’impact et des analyses de risque de qualité même si l’expérience minière ou pétrolière en matière de conséquences chimiques ou microsismiques est largement disponible.

Il est recommandé qu’une grande importance soit accordée à ces études préalables et à l’association très ouverte du public, des collectivités et des organisations non gouvernementales (ONG), dès la préparation des projets de forages profonds, même s’il ne s’agit que d’une phase de recherche technologique. La prévention des incidents rencontrés à Bâle impose à l’évidence une transparence complète. La nécessité de construire durablement l’appropriation de cette forme de géothermie par l’opinion publique est une raison supplémentaire de consolider les relations et partenariats avec les collectivités, universités et organismes de recherche.