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Chauffage au bois et pollution atmosphérique


La pollution atmosphérique due au chauffage au bois a été sous-estimée jusqu’à présent si l’on en croit deux articles parus dans un grand quotidien du soir en décembre 2007.



Le premier article intitulé « Les feux domestiques contribuent pour une grande part à la pollution hivernale en Europe » se conclut ainsi :

« Les feux domestiques et agricoles sont très polluants car, à ce jour, « aucun effort n'a été fait pour les contrôler, contrairement à la combustion des combustibles fossiles utilisés dans l'industrie ou l'automobile, qui est soumise à des réglementations », explique Florent Domine, chercheur au LGGE. Pour réduire cette pollution domestique et agricole, qui engendre des troubles respiratoires et des cancers du poumon, il faudrait interdire ces feux. Ce qu'ont déjà fait la Suisse et l'Allemagne pour les brûlis, tandis que d'autres pays réglementent les feux de cheminée. »

Cet article a suscité une avalanche de réactions de lecteurs qui tombaient des nues en lisant que ce moyen ancestral de chauffage, considéré comme un des plus écologiques, était accusé de provoquer des cancers.

Quinze jours après, un autre article du même auteur enfonce le clou des méfaits du bois énergie en traitant cette fois des chaudières à bois.

Sous le titre « Des experts dénoncent la pollution due aux chaufferies à bois », l’article donne largement la parole à un expert auprès de la cour d'appel de Grenoble pour les questions d'environnement, Gabriel Ullmann, qui « n'hésite pas à parler d'une "véritable chape de plomb et de malhonnêteté intellectuelle". "C'est une véritable bombe à retardement sanitaire qui nous attend, similaire à ce qui s'est passé pour les incinérateurs" de déchets, affirme-t-il […] M. Ullmann s'alarme du fait que 85 % des chaudières à bois, dont la puissance est inférieure à 2 MW, échappent à toute réglementation. Quant aux autres, … elles sont autorisées à rejeter des effluents en quantités plus importantes que les incinérateurs. ».

Le 10 janvier 2008 la télévision s’empare du sujet :

« Le chauffage au poêle à bois nocif pour la santé », un rapport réalisé par l’Atmo Rhône- Alpes dont le contenu a été évoqué dans un reportage alarmiste du journal télévisé de 20 heures de TF1, vient semer le trouble dans l’opinion publique. Le rapport en question est pourtant mesuré. Il conclut : « Aussi, il semble nécessaire, dans le cadre d’un développement durable du bois énergie :
  • de renforcer les connaissances, notamment sur les émissions atmosphériques des différents matériels en fonctionnement réel,
  • de sensibiliser les professionnels à l’importance du dimensionnement des installations,
  • de sensibiliser la population, comme cela est déjà fait dans d’autres pays, sur l’importance d’une bonne combustion et de la provenance du bois utilisé dans les foyers domestiques pour réduire les émissions.
Par ailleurs, des travaux sur le traitement et la filtration des émissions doivent être renforcés. »

Des acteurs de la filière bois énergie ont réagit par un communiqué de presse du 18 janvier 2008 : « En réponse à l’article “ Des experts dénoncent la pollution due aux chaufferies bois “ – paru dans Le Monde, daté du samedi 29 décembre 2007 - et aux divers commentaires qui suivirent sa parution, le CLER (avec Solagro et l’ITEBE) et le CIBE tiennent à rappeler que la filière bois est engagée dans un cercle vertueux qui commence à porter ses fruits. De tous les appareils de chauffage au bois, les chaufferies collectives sont parmi les plus efficaces, tant en rendement qu’en émissions atmosphériques. L’enjeu en termes de santé publique n’est pas de ralentir le programme bois énergie, mais d’inciter les particuliers à remplacer leurs cheminées et inserts par des appareils modernes et non polluants. »

Une analyse de risque sanitaire a pourtant été menée pour déterminer l’impact potentiel induit par les émissions polluantes liées à une chaufferie bois en milieu urbain (poussières, COV, dioxines, métaux…). Les résultats montrent qu’un projet de chaufferie collective au bois ne présente pas de risque sanitaire spécifique (même ordre de grandeur que les projets gaz ou fioul) compte tenu des techniques actuelles de traitement des fumées.

Une étude menée par l’Institut national de l’environnement industriel et des risques conclut notamment, concernant les chaudières alimentées en bois non souillés, à un très faible niveau d’émission de composés organiques chlorés et à l’efficacité des systèmes d’épuration des poussières sur les rejets en métaux lourds.

Concernant l’impact environnemental du chauffage individuel, la connaissance est moindre ; une étude de l’impact des appareils de chauffage à bois sur la qualité de l’air intérieur et extérieur est en cours au CSTB.

D’autres études sont en cours ici ou là, par exemple le Centre du Bois de Thiérache participe à un projet de recherche et développement sur le bois énergie intitulé : « Caractérisations de biomasse et étude de son impact sur ses performances de combustion et ses émissions polluantes » Le projet vise à sélectionner des biomasses et à optimiser leur combustion, à qualifier la variabilité des émissions en fonction de la composition de biocombustibles par type de biomasse (bois, lin, miscanthus, tourteaux de colza, paille,…) et espèce (hêtre, chêne…) et à établir un modèle prédictif de qualité des rejets atmosphériques de la combustion de biomasses dans des chaudières individuelles par la détermination de l’influence de la nature de chaque type de biomasse sur les émissions. Le projet s’appuiera sur la mesure en laboratoire des polluants produits par la combustion de différentes biomasses pures ou en mélange, en particulier sous forme de granules ou briquettes, et sur une comparaison avec les émissions générées par des combustibles et équipements commercialisés.

Autre exemple, l’ATMO Poitou-Charentes41 mène (2007-2008) une étude de l'impact du chauffage au bois : « Estimer l'impact sur l'air du chauffage au bois dans les zones rurales et autour de chaufferies bois ».

Les Canadiens se sont penchés sur le problème avant nous. On lit dans un bulletin du ministère de l’environnement du Canada42 que « L'utilisation du bois de chauffage en milieu résidentiel contribue largement à la pollution atmosphérique au Canada selon un inventaire des émissions de 1995 ».

La production de polluants est expliquée dans cet article « Cette fumée est un mélange complexe de particules et de produits volatils de la combustion incomplète qui sont libérés du bois. Parmi ces produits de la combustion incomplète, on compte les composés organiques volatils et semi volatils, le monoxyde de carbone, les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) ainsi que d'autres produits chimiques toxiques. Les fines particules peuvent causer des irritations aux yeux et à la gorge, des maux de tête, des allergies et aggraver les problèmes cardiorespiratoires. »

L’article présente aussi des solutions : « Une façon encore plus efficace de réduire les polluants consiste à utiliser des appareils de combustion avancée dont les pratiques de chauffage sont propres […] Les poêles à bois à combustion avancée homologués par l'Association canadienne de normalisation ou l'Environmental Protection Agency américaine en vertu des normes de rendement réduisent les émissions toxiques, libèrent de 80 à 95 % moins de particules et sont jusqu'à 20 % plus efficaces en ce qui a trait au chauffage que les modèles conventionnels. »

En 2006 l’ADEME visait la dynamique de renouvellement des équipements, l’amélioration des technologies (plan R et D), la communication auprès du grand public (bonnes pratiques), la fiscalité et la réglementation pour nettement diminuer les émissions polluantes. Elle comptait par exemple que les impacts environnementaux des appareils domestiques seraient réduits du fait de l’emploi de modèles à bon rendement :

Réduction des impacts environnementaux des appareils domestiques attendue grâce au renouvellement du parc
Figure 11 : Réduction des impacts environnementaux des appareils domestiques attendue grâce au renouvellement du parc


L’appel à projet 2008 de l’ADEME témoigne d’une attitude plus volontariste vis-à-vis du « verrou de la réduction significative des émissions atmosphériques de poussières et de composés organiques. L’approche globale de cet appel à projets est de mettre en oeuvre toutes les compétences nécessaires pour surmonter ce verrou, réduire les émissions de poussières fines et de composés organiques (CO, COV, HAP, …) des appareils français et proposer des solutions à très faible impact environnemental. »

Pour conclure sur ce thème, deux actions sont donc nécessaires pour accompagner le développement du chauffage au bois :
  • continuer à mener des études pour apprécier la pollution réelle due au chauffage au bois dans différents contextes – chauffage individuel ou collectif, zones urbaines ou non,
  • favoriser les appareils à bon rendement, non seulement pour économiser la ressource mais aussi pour diminuer la pollution et le risque sanitaire.