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Bâtiment > Les limites de la technologie : les besoins d’innovation dans l’organisation


L’atteinte des objectifs ambitieux de réduction de la consommation énergétique et de l’émission de gaz à effet de serre par les bâtiments dépasse la seule amélioration des technologies et leur intégration. On voit bien que les difficultés actuelles et la lenteur des évolutions ne tiennent pas à la seule insuffisance des technologies disponibles aujourd’hui, à court terme et même à moyen terme.

Avant d’aller plus loin, il n’est pas inutile de revenir sur quelques caractéristiques du secteur du bâtiment et de la construction, dans la mesure où celles-ci déterminent fortement les conditions dans lesquelles le processus recherche-développementinnovation peut s’exercer.



Les contraintes de l’innovation dans le secteur du bâtiment


Les bâtiments sont des exemplaires uniques plutôt que des produits industriels de série ; ils sont structurellement destinés à avoir une longue durée de vie. Leur construction fait intervenir un grand nombre d’entreprises, souvent de petite taille et peu intégrées entre elles. Les bâtiments sont destinés, par nature, au grand public et le souci de sécurité a conduit de longue date à édicter un assez grand nombre de réglementations et de normes auxquels ils sont soumis, en fonction de leurs usages et de leur taille.

Pour toutes ces raisons, le processus d’innovation de ce secteur est lent, largement incrémental et nécessite une validation en grandeur nature et d’assez longue durée avant sa généralisation.

La longue durée de vie des bâtiments, notamment, conduit les acheteurs à accueillir les innovations avec une certaine circonspection, d’autant que si la production des matériaux et des composants du bâtiment est industrialisée, la construction ellemême ne l’est pas. D’où la nécessité d’assurer que les matériaux ou les procédés innovants aient des performances de toute nature qui restent stables dans le temps, sur des durées supérieures à dix années ; d’où aussi la préférence pour des améliorations incrémentales, plutôt que des ruptures radicales.

Le processus est lent car il passe par l’information puis la formation d’un grand nombre d’acteurs, qui ne placent pas nécessairement l’évolution de leur technique au centre de leurs préoccupations et n’y voient pas la condition de l’amélioration de leur performance économique ou commerciale. Or la qualité de leur intervention est déterminante pour obtenir des résultats en matière de performances et ceci d’autant plus que les objectifs visés sont ambitieux.

Les besoins de structuration des filières


Ces besoins concernent tout autant la construction que la période de fonctionnement du bâtiment.

=> Dans la construction
La généralisation des technologies nouvelles envisagées implique qu’émergent des acteurs qui maîtrisent l’ensemble des composantes et assurent une fonction d’ensemblier, tant pour la construction que pour l’exploitation d’un bâtiment. L’introduction de fonctionnalités mais aussi de complexités nouvelles nécessite que l’occupant ou le propriétaire du bâtiment puisse bénéficier d’une assistance professionnelle avec laquelle il établit une relation basée sur des objectifs et des mesures de performances. Ce besoin apparaît pour tous les travaux de construction ou d’amélioration de bâtiments existants, pour lesquels un interlocuteur unique proposant au client des solutions intégrées et assurant une responsabilité globale sur le fonctionnement de l’ensemble s’avère nécessaire.

=> Dans l’exploitation et la maintenance
Ce même besoin d’une intervention unique, basée sur des engagements performantiels, apparaît également pour la maintenance régulière, la durabilité des performances étant une des clés de leur utilité technique et économique. Des entreprises issues de plusieurs secteurs économiques peuvent prétendre à cette fonction : entreprises du secteur du bâtiment ou des différents réseaux (électricité, gaz, eau) ou entreprises du monde des télécommunications. Dans le même temps, la question de la répartition des gains économiques entre intégrateur et usager est à la fois ouverte et sensible.

Ce besoin de structuration des professions, avec l’objectif d’adaptation à la maîtrise de technologies plus complexes, est bien identifié par un bon nombre d’acteurs. Pour autant, les évolutions sur le terrain sont lentes, ce qui constitue un des principaux freins à la diffusion d’innovations à venir ou déjà disponibles et peu utilisées. Ces évolutions passent par un effort très important de formation et par la généralisation de dispositifs qualité. En effet, la performance énergétique, dans la construction neuve comme dans la rénovation de l’existant, est dépendante de la performance des composants mais peut être ruinée par une mise en oeuvre défectueuse.

Les outils de simulation


Nous avons insisté précédemment sur la prudence du secteur du bâtiment dans la mise en oeuvre des innovations et sur l’importance d’une stabilité dans le temps des composantes du bâtiment, compte tenu de la longue durée de vie de ce dernier. Nous avons souligné aussi l’importance d’une approche systémique dans la conception et l’exploitation d’un bâtiment. Tout ceci milite en faveur du besoin, pris en compte dans le cadre des « investissements d’avenir », d’outils pour évaluer les performances des techniques innovantes en matière de bâtiment. Deux types d’outils seront nécessaires, selon l’état d’avancement des techniques :
  • des outils de simulation, associant éléments physiques et éléments virtuels ;
  • des outils en grandeur nature, avec la réalisation de démonstrateurs, dotés des instrumentations permettant un suivi détaillé.


Les limites introduites par la réglementation, la normalisation et la documentation technique


Nous avons souligné la nécessité d’une approche systémique pour concevoir et exploiter un bâtiment. Force est cependant de constater que la réglementation actuelle, la normalisation et la documentation technique de référence, constituée en particulier des « documents techniques unifiés (DTU) », ne sont pas encore conçues dans cette esprit. Elles comportent des approches sectorielles, traitant séparément les divers domaines (énergie, qualité de l’air, etc.). Ainsi, la RT 2012, dans son approche sectorielle, ne prend pas en compte les apports d’une régulation intégrée.

Les DTU (Documents Techniques Unifiés)


Les DTU traitent en particulier de la mise en oeuvre et peuvent avoir ou non le statut de norme.

Approche de la RT2012


Le fait que les exigences de la RT 2012 soient formulées en quantité d’énergie primaire, avec les coefficients d’équivalence que cela implique, ne peut qu’être une incitation à ce que les solutions à base d’énergie électrique soient particulièrement performantes et donc innovantes.
Le cadre législatif, notamment en matière de responsabilité, et sa traduction en termes d’exigences et de pratiques en matière d’assurances, sont également peu favorables au développement d’innovations intégratrices dans le secteur du bâtiment.

Le modèle économique


De même, la question du modèle économique ne peut être éludée, dans un contexte économique durablement difficile, qui incite les ménages à la prudence sur l’évolution plus incertaine la prévision de l’évolution du prix de l’énergie à court et moyen terme.

à basse consommation) est estimé à moins de 10 %, dès lors que la conception ellemême a pris en compte cet objectif. Le passage au bâtiment à énergie positive (BEPOS) comme norme de la construction neuve, programmé pour les dix prochaines années, devrait se faire dans cette même fourchette.

L’amélioration de bâti ancien est confrontée à une équation plus difficile. Les enquêtes révèlent que le montant que les propriétaires sont prêts à investir pour des travaux d’économie d’énergie se situent entre 10 000 euros et 20 000 euros, chiffres qui sont comparables aux plafonds de dépenses éligibles au titre du crédit d’impôt. La réduction des coûts est donc un élément important d’évolution, même si les perspectives de massification des productions, sur beaucoup des éléments à intégrer dans ces travaux, ne sont pas nécessairement établies.

Par ailleurs, dans des systèmes à acteurs multiples tel le secteur du bâtiment, la question de la répartition des gains économiques entre les consommateurs, d’une part, et les opérateurs ou fournisseurs de biens et de services, d’autre part, est évidemment sensible ; elle se double, dans le cas du bâtiment, de la dualité entre propriétaire et occupant.

Dans ce contexte, les choix d’investissements doivent se faire à partir de leur classement selon l’énergie économisée par euro investi, y compris le coût de fonctionnement et de maintenance. Des solutions moins coûteuses, avec des gains néanmoins significatifs, ne peuvent qu’être préférées à des solutions qui apportent des réductions de consommation d’énergie un peu plus importantes mais pour des dépenses d’investissement beaucoup plus élevées. Il convient enfin de noter que l’amélioration de l’efficacité énergétique des bâtiments peut avoir un effet négatif à court terme sur la balance commerciale en conduisant à une augmentation des équipements importés alors que les économies d’énergie engendrées sont étalées dans le temps et ne se traduisent pas intégralement par une baisse des importations d’énergie.

La convergence énergie-transport-bâtiment


La raréfaction des combustibles fossiles et la lutte contre le changement climatique amènent à repenser profondément l’organisation de notre société. L’émergence des bâtiments producteurs d’énergies, qui plus est d’énergies d’origine renouvelable et donc par nature intermittentes, et la généralisation potentielle des véhicules à motorisation électrique impliquent d’introduire une analyse globale et systématique, intégrant énergie, transport et bâtiment, d’autant plus que ces deux dernières activités sont les premières consommatrices d’énergies non renouvelables et les premières génératrices de gaz à effet de serre.

La convergence de ces trois domaines – énergie, transport, bâtiment – est à la fois une percée conceptuelle et une nécessité pour que soient globalement atteints les objectifs retenus, aux plans national et européen.